Vendredi 1er février, en fin de journée l’association Méridienne, accueillait à L’Etage de la librairie Géronimo, l’écrivain Gérald Tenenbaum pour son dernier roman L’Affinité des traces, éd. Héloïse d’Ormesson.
Professeur à l’Université de Lorraine, spécialiste des mathématiques – les nombres premiers – installé à Nancy, Gérald Tenenbaum avait rapidement – et amicalement - répondu à l’invitation de l’association Méridienne, pour une rencontre placée sous le signe de l’Hospitalité.

Depuis sa première expérience littéraire, en 1999, avec Trois pièces faciles, publié à L’Harmattan, Gérald Tenenbaum, a écrit 6 romans, dont les trois derniers aux éditions Héloïse d’Ormesson. Le très remarqué L’Ordre des jours, lui a valu le Prix Erckmann Chatrian, décerné en Lorraine, par un jury d’écrivains, longtemps présidé par Philippe Claudel.
Ce nouveau roman prend sa source, dans le livre de Ruth, explique Gérald Tenenbaum à la quarantaine d’auditeurs venus, à L’Etage, l’écouter. Le prénom de Ruth, court, parcouru d’un « h », fait écho à celui choisi par l’auteur pour son héroïne, Edith.
Ruth est palestinienne, une étrangère donc, et pourtant, elle prendra place parmi le peuple d’Israël, et plus encore, elle sera à l’origine de la lignée du Roi David.
C’est à partir de ce texte, issu de l’Ancien testament, que Gérald Tenenbaum construit son propre roman. Il veut parler des cultures qui nous séparent, de l’autre, de l’hospitalité, que l’on accorde ou pas à l’étranger.
Edith est une jeune femme juive originaire de Ménilmontant, dont la famille a été décimée dans les camps de la mort. Elle vit à Nancy, et son destin semble scellé par les autres. Elle est promise à un homme.
Pour fuir cette existence, dont elle ne veut pas, Edith s’engage dans l’armée comme sténo et quitte la Lorraine pour le Sahara, où la France procède à des essais nucléaires. Nous sommes dans les années 60.
Elle va découvrir les touarègues, devenir l’une des leurs, elle, l’étrangère.
Edith aspire à être « comme » eux, elle veut être de cette famille. Elle va devenir « Talyat » : « celle qui est comme ».
Un autre nom, une autre vie, une autre famille… un autre destin.
Gérald Tenenbaum nous plonge dans un monde tout en retenu, où les mots sont rares – l’eau, la salive s’économisent dans cet univers de sable. L’auteur cultive son style poétique, il suggère tout en pudeur, comme pour voiler la parole parfois. Il dit la profondeur de ce qui rassemble, loin des pensées communautaristes. Il nous parle avec tendresse, d’un peuple, peut-être aujourd’hui, en train de disparaître.
A entendre Gérald Tenenbaum parler avec une telle passion du désert, prononcer les mots, les traduire avec habileté, on aurait voulu croire, qu’il a touché du doigt ce sable. Mais non, il est resté un voyageur immobile, passant plus de 18 mois sur ce projet, pour ne rien laisser au hasard et être juste, toujours.
Un très beau roman, d’une grande finesse.
Merci à Lysiane pour cette belle rencontre.








On
ne compte plus aujourd'hui les romans et les films dont les héros sont des
meurtriers de masse (officiers nazis, tortionnaires en Algérie, génocidaires
Hutu), apparaissant très à leur avantage : cultivés, intelligents, mélomanes,
ils assassinent en philosophant, et en nous démontrant qu'ils sont comme
nous... et que nous n'hésiterions pas à faire comme eux pour peu que l'occasion
nous en soit donnée. C'est contre ce traitement dépolitisant de la question du
crime de masse que s'élève l'auteur de cet essai, en montrant comment, au gré
d'une inversion radicale des valeurs, le bourreau se trouve aujourd'hui érigé
en modèle d'humanité.











